#Regard: Le Luxe du Temps ou Quand l’homme oublie son bien le plus précieux

#Regard: Le Luxe du Temps ou Quand l’homme oublie son bien le plus précieux

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Baromètre du numérique 2025
Baromètre du numérique 2025

Le digital à la conquête de notre temps

Les I.A. en sont un parfait révélateur. Si certains modèles se révèlent redoutablement efficaces et font gagner un temps précieux, d’autres s’inscrivent dans une boucle d’engagement infinie. L’échange s’étire au-delà du nécessaire, non par fonction, mais probablement par design. D’assistant, l’outil se mue en une présence qui capte notre esprit libre, générant fatigue visuelle et mentale. Aussi, ce modèle de boucle infinie peut avoir des effets pervers, incluant la perte de confiance en soi et une addiction à l’utilisation de l’outil, en particulier chez les profils perfectionnistes. Cela fonctionne pour les I.A., les applications gratuites et même les plateformes de streaming, tant vidéo qu’audio. Encore une fois, c’est la magie des algorithmes qui est à l’œuvre, pour le pire comme pour le meilleur.

Le piège du gratuit et des données

Les applications et jeux mobiles illustrent bien ce compromis tacite. En l’absence de paiement monétaire, ce sont notre attention — bombardée de publicités — et la sécurité de nos données personnelles qui constituent la monnaie d’échange. Un marché de dupes que nous acceptons par pur réflexe de confort. Cependant, il est difficile d’y échapper, et le temps qui nous est arraché peut se compter à plusieurs heures par semaine, bercé par l’illusion d’un gain.

La marchandisation de l’intime

Il en va de même pour les applications de rencontre. Si elles désinhibent la timidité et décloisonnent nos cercles sociaux, elles enracinent un mécanisme vicieux : la peur permanente de rater mieux (le syndrome FOMO). L’humain se retrouve réduit à un profil sur un catalogue, tandis que l’individu, pris au piège du personal branding, se transforme lui-même en marque. Une injonction à la performance relationnelle aussi épuisante qu’insoutenable.

Quand il n’y a plus rien à conquérir : la quête de l’attention

Cette quête de croissance permanente et cette optimisation à outrance du monde nous obligent à poser des questions fondamentales. Passons-nous moins de temps sur les écrans ? Allons-nous globalement mieux ? La technologie nous permet-elle vraiment de récupérer du temps pour soi ? Les pistes de réponse sont déjà au cœur de grandes études, et elles ne dressent pas un bilan positif de ces trois interrogations.

D’ailleurs, notre temps d’écran a explosé, au point de concurrencer nos interactions de proximité. Ces interfaces ont peu à peu grignoté le « temps pour soi », cet espace de silence et de déconnexion où l’esprit s’éloigne des stimulations, tout en altérant la texture de nos relations en présentiel. Les algorithmes, taillés pour conforter nos goûts, nous enferment dans des bulles de filtres, reléguant paradoxalement la télévision d’autrefois au rang d’espace parfois plus diversifié que les flux numériques ultra-personnalisés d’aujourd’hui.

Pratique et immédiat, le numérique est devenu le réflexe suprême face à l’ennui. Un clic suffit pour être submergé de contenus. Mais à force de saturer nos sens, nous émoussons notre goût de l’effort, de l’initiative et de la surprise. D’ailleurs, notre cerveau adore les flux et les stimuli. Par conséquent, nous perdons la maîtrise d’un usage raisonné, et ce, non pas par faiblesse — bien au contraire. C’est l’œuvre du système de récompense neurologique qui nous pousse inconsciemment sur la voie de l’addiction. En cause : l’aire tegmentale ventrale (ATV). Située au milieu du cerveau, elle fabrique la dopamine et envoie le signal du plaisir. C’est cette même ATV qui, comme « droguée » par les stimuli qu’on lui envoie, provoque parfois ce défilement infini (scroll) ou ce visionnage intensif (binge-watching) à outrance, alors même que nous dormons déjà les yeux ouverts.

« La musique ne s’écoute plus, elle se consomme. Musique d’ambiance, pour le sport, pour se motiver… Elle devient comme une bande originale permanente qui couvre les blancs sonores et masque un vide. »

La perte de la découverte

L’algorithme nous sert du « déjà-aimé », stérilisant l’exploration d’univers inattendus. À l’ère des contenus générés par IA, la frontière entre le fruit d’un authentique labeur humain et la synthèse industrielle devient floue. S’ajoute à cela un mécanisme d’emprise indirecte qui fait que, désormais, écouter la radio redevient une démarche plus libertaire. C’est peut-être pour cela que les radios locales se réenchantent, et c’est une excellente nouvelle ! Aussi parce qu’elles rythment les trajets en voiture ou offrent des moments de coupure avec les écrans, hors du guidage d’un GPS.

La perte d’ouverture d’esprit

Cependant, la montée de l’éditorialisme de croyances face aux informations vérifiées met en exergue une tendance lourde, particulièrement visible sur les réseaux sociaux. De quoi façonner une lecture du monde où les algorithmes servent directement à mettre en avant des faits divers ou des sujets d’actualité susceptibles de servir une cause ou une idéologie. Tout cela se fait parfois en cohérence totale avec la vision d’un directeur de média ou de son propriétaire, et ce, sans aucun regard critique. L’ARCOM (l’ancien CSA) veille à cet équilibre, mais ne peut rien imposer aux podcasts ou aux radios numériques privées diffusées sur le Web.

L’effacement de l’intérêt pour le spectacle vivant

On aurait pu parier sur un sursaut du live (concerts, théâtre, opéra). Or, anesthésiés par des flux parfaits et l’œil rivé sur l’écran de leur smartphone, les spectateurs perdent parfois jusqu’au réflexe spontané d’applaudir. Le plus flagrant se constate dans la musique live hors festival, notamment dans les bars et les restaurants d’ambiance. Ceux qui font l’effort de faire travailler des intermittents pour partager des instants uniques — en particulier dans les établissements haut de gamme — se heurtent parfois à un public un peu trop blasé qui prend cela pour acquis.

Le triomphe de l’égo

Ce basculement s’observe crûment lors des grands événements exclusifs, érigés en une ode à l’ostentatoire et aux moments d’exception. Les semaines de la mode (Fashion Weeks) et la haute couture l’illustrent avec aisance. Les applaudissements d’autrefois, qui saluaient la technicité, l’artisanat d’une pièce d’exception et le travail des petites mains, s’effacent. Désormais, la lumière n’est plus sur le vêtement qui défile, mais sur le fait d’y être, que l’on soit une personnalité assise au premier rang ou debout (in standing). Si la visée est d’immortaliser une vitrine numérique de soi pour glorifier sa personne, cela ôte toute importance à l’événement en lui-même. Il en découle des mécanismes autocentrés qui enferment l’individu dans une seule case, alors que chaque être est pluriel en son sein.

À force de tout consommer sans friction, notre seuil de plaisir s’étiole.
Nous ne percevons plus l’effort de l’autre, considérant chaque réalisation comme un dû.
Nous perdons de vue l’essentiel dans une indifférence qui caractérise bien notre époque.

Retrouver la souveraineté de notre temps

Faut-il pour autant prôner un rejet naïf du progrès et jeter nos appareils ? Non. Le numérique et les I.A. ont des vertus et des limites. Sommes-nous suffisamment forts pour savoir nous maîtriser ? Oui, dans le cadre du travail et pour certaines tâches dites utiles. Cependant, au vu des mécanismes neurologiques sourcés jouant sur la dopamine, nous n’avons pas toutes les clés en main, surtout lorsque la gratification immédiate nous séduit ou que la dimension émotionnelle est trop forte.

Il faudra envisager une régulation adaptée aux usages, quitte à écarter certaines extensions du grand public au profit d’un usage plus mesuré et moins énergivore. Sans oublier que le monde du numérique dépend de mastodontes internationaux privés qui peuvent se permettre des ingérences si des mesures vont en leur défaveur ou à l’encontre de leurs intérêts.

Devenus irremplaçables, on pourrait pourtant largement s’en passer : au lieu de mettre dix minutes à trouver une information, nous y passons désormais une heure. En outre, seul l’Occident utilise le numérique avec une telle outrance. Il suffit de changer de pays, de perspective, pour réaliser le coût réel de la data et comprendre qu’il s’agit d’un luxe — le luxe de l’utile — qui nous absorbe jusqu’à nous rendre totalement dépendants. Car si tous les habitants de la Terre possédaient le même accès que nous, la réalité énergétique du secteur pulvériserait en beauté plusieurs limites planétaires, avec en prime l’épuisement psychologique et les addictions induites par les écrans. Sans oublier que tous nos appareils modernes dépendent de ressources finies (terres rares pour les batteries, électricité tant verte que fossile pour l’alimentation des datacenters, etc.).

Tous ces éléments annoncent la nécessité d’un changement de cap et d’usage, notamment pour que ces technologies puissent encore exister dans les décennies à venir. Un besoin conséquent de régulation s’impose également afin de maintenir la viabilité énergétique de l’outil, l’équilibre de ses usages et de garantir la souveraineté des pays qui en permettent l’accès. Car oui, avec tous ces instruments, il devient aisé de réécrire le passé et de manipuler l’émotionnel grâce aux fake news pour orienter les sociétés vers un monde plus conservateur, régi par l’appât du gain personnel plutôt que par le sens profond du bien commun. Un monde ultracapitalistique qui s’éloigne radicalement des intentions initiales qui ont permis la naissance du Web : le partage du savoir et des avancées technologiques pour mieux vivre, dans le sens noble du progrès sur notre planète.

Le Luxe du temps illustration:  D’après le rapport Mobility Report publié par Ericsson fin novembre 2025, le trafic mondial de données mobiles poursuit sa croissance. La croissance annuelle entre le troisième trimestre 2024 et le troisième trimestre 2025 s’est établie à 20 %, dépassant légèrement les prévisions. Hors trafic généré par l'accès sans fil fixe (FWA), ce chiffre s'élevait à 143 exaoctets (EB) par mois (143 milliards d'octets) fin 2025. Le trafic mondial de données mobiles devrait être multiplié par 2,2 d'ici 2031, pour atteindre 310 EB par mois. En incluant le trafic généré par le FWA, le volume mensuel mondial de données fin 2025 était de 197 EB et devrait être multiplié par 2,4 pour atteindre 482 EB d'ici 2031. Au troisième trimestre 2025, ce volume était de 188 EB, soit une augmentation de 5 % par rapport au trimestre précédent.
D’après le rapport Mobility Report publié par Ericsson fin novembre 2025, le trafic mondial de données mobiles poursuit sa croissance. La croissance annuelle entre le troisième trimestre 2024 et le troisième trimestre 2025 s’est établie à 20 %, dépassant légèrement les prévisions. Hors trafic généré par l’accès sans fil fixe (FWA), ce chiffre s’élevait à 143 exaoctets (EB) par mois (143 milliards d’octets) fin 2025. Le trafic mondial de données mobiles devrait être multiplié par 2,2 d’ici 2031, pour atteindre 310 EB par mois. En incluant le trafic généré par le FWA, le volume mensuel mondial de données fin 2025 était de 197 EB et devrait être multiplié par 2,4 pour atteindre 482 EB d’ici 2031. Au troisième trimestre 2025, ce volume était de 188 EB, soit une augmentation de 5 % par rapport au trimestre précédent.

Le Luxe est-il devenu le Temps ?

Plutôt que d’être subie, la technologie comme le digital doivent redevenir des outils choisis, quitte à réapprendre à s’ennuyer. On ne le dira jamais assez : l’ennui demeure le terreau fertile des idées et des prises de conscience. Il est aussi un acte de résistance salutaire. La vie se déploie dans l’expérience concrète, la friction et le réel, jamais dans une simulation continue. En s’autorisant des parenthèses hors des écrans, les bienfaits se font immédiatement sentir : l’esprit s’apaise, le sommeil est de meilleure qualité et la santé mentale s’allège. Cela permet une réconciliation salutaire avec le vivant, offrant l’opportunité de saisir la nature profonde des choses par l’observation directe, loin des imageries truquées et des visions anthropomorphiques qui captivent tant celles et ceux qui s’en sont coupés.

Pour conclure, nous vous invitons à vous réapproprier votre propre temps, loin des écrans et des serveurs, au plus près des êtres et du vivant. Nous ne sommes pas maîtres du temps qui nous est imparti, et la vie nous le rappelle régulièrement à travers les épreuves et les pertes. Alors, pourquoi le gaspiller dans des plaisirs futiles et fugaces, aussitôt oubliés ? Le véritable luxe a toujours résidé dans l’expérience palpable. Alors, pourquoi accorder autant de force à un éphémère qui nous nuit ? La clé pour aller mieux est simple : isolez les conduites en ligne qui ne vous apportent rien et bannissez-les. Ne gardez que l’essentiel. Ainsi, si un jour la bulle du numérique venait à exploser pour X ou Y raisons, vous n’auriez pas le sentiment d’avoir gâché l’intégralité de votre vie. À bon entendeur!

#Regard Le Luxe du Temps ou Quand l’homme oublie son bien le plus précieux – Août 2026 – Une approche Hautes Exigences par Aurélien Duffo pour le magazine Luxury Touch

Bienvenue dans la nouvelle approche de Luxury Touch issue du Slow-made. Tous les deux jours, un nouvel article est à découvrir sur le magazine. Je vous souhaite une bonne lecture. Aurélien Duffo PS: Le magazine Luxury Touch utilise des cookies.   Politique de Confidentialité